Jardinier

Publié le par Johnboy FuRu

Ca me faisait bizarre de me retrouver dans ce stade de footballe vide. Le simple fait d'être assis là, seul, au milieu de la pelouse, au côté de ma tondeuse à gazon, me faisait pleurer. Ca me rappellait ma mère. Surtout le jour où ma mère m'avait apprit la triste nouvelle. Elle abandonnait sa famille pour se mettre avec un finlandais psychopate du nom de Christian Christiansen.

 

Christian Christiansen. Ce nom ne vous dit surement rien; pour moi, ce nom est synonyme d'enfer. Christian Christiansen ne relâcha jamais, tout au long des années que je passais chez lui, ses efforts afin de faire de moi une espèce de serpillère humaine.

 

Lors du divorce, la bataille fut féroce entre mes parents quant au partage des biens. Des discussions interminables quant à la répartition du peu de choses que l'on détenait alors. Une guerre de plusieurs mois durant laquelle mes frères et moi furent envoyés chez ma tante Carole.

Nos parents réussiraient-ils à faire le meilleur choix pour nous?

Un jour, décision fut prise. Ils avaient enfin réussi à se partager la collection de dauphins en plastique, les meubles en rotin, l'élevage de frelons, le chien, les enfants....

Je fus donc envoyé avec ma mère et partit en Finlande avec mon plus jeune frère, une douzaine de dauphins en plastique, les frelons mâles et la partie supérieure de notre chien Hector.

L'enfer allait débuter pour moi.

 

L'arrivée dans ce nouveau pays, l'intégration furent une réussite pour toute notre moitié de famille.

Elle fut une réussite pour tous. Pour tous, sauf pour moi. Dès le départ, Christian Christiansen me prit en grippe et fit de moi son souffre-douleur.

Alors que mon jeune frère Anatole eu le droit à une chambre, une console de jeu en bois et même un trampoline de poche, je fus envoyé à l'école. Non pas pour m'instruire mais pour me faire travailler en tant que jardinier. Je n'avais que 4 ans et je restais en poste dans cette école les 14 années qui suivirent.

Pour le reste de la famille aussi la vie était belle. Ma mère passait ses journées à grignoter des têtes d'élan; les frelons possédaient une ruche en coton lyophilysé; la partie supérieure d'Hector avait son panier orienté vers la fenêtre; et les dauphins en plastique, sur leur belle étagère en rotin, eurent, eux, plus d'une fois le plaisir de recevoir la visite du pénis de Christian Christiansen au plus profonds de leur valve.

Moi, je dormais sur un rebord de fenêtre. Je n'avais même pas la chance de dormir sur la fenêtre que regardais la partie supérieure d'Hector en permanence. Je dormais là, sur le rebord, à l'extérieur et les volets étaient fermés. Tout au long de la nuit, toutes les 40 minutes environ, Christian Christiansen venait me mettre un petit coup de marteau sur le nez. C'était sa façon de me rappelait qu'il ne m'oublait pas, que dans un coin de sa tête, il m'avait toujours à l'esprit.

 

L'attitude des enfants finlandais à mon égard était proche de l'indifférence. Je pense que la vue de mon nez étalé sur toute la largeur de ma figure à coups de marteau y était pour beaucoup. Parfois l'un d'eux venait uriner sur mes fleurs ou chier derrière les buissons. Mais ils ne m'adressaient jamais la parole.

 

Désormais, tout ceci est loin, j'ai quitté la Finlande il y a bien longtremps. Me voilà toujours jardinier. Dans une petite commune du Nord de la France.

Publié dans textes de fanzines

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