Frayss Pix - Episode Huitième

Publié le par Johnboy FuRu

            Guizmo a beau être ravi de voir son ami Gapennes, il n'en traînasse pas pour autant. De plus, les discussions avec Michel Gapennes sont souvent interminables du fait de sa terrible maladie. Il est déjà 18h10 et il doit être de retour chez lui avant 18h25. Il se dit: "Bon, j'vais quand même lui prendre un ptit truc. Je sais que ses affaires vont pas fort. Un Twix? Des Pépitos? Nan, ils sont dégueus maintenant..."

"Bon voilà Gapy, tu me mettras un Twix et un sapin pour le rétro qui sent bon. Tiens, garde la monnaie. Allez à plus Gapy!"

- Heu.... Salut et merci. T'es bien Guizmo c'est ça?"

 

            Tandis que Guizmo met les voiles au volant de son C35 fushia, Michel Gapennes note dans son petit calepin qu'il a vu son ami Guizmo à la date du jour, juste en dessous de ses horaires de travail et du décompte de son nombre d'années passé à travailler ici. Il vérifie pour la treizième fois de l'après-midi qu'il finit bien à 20h aujourd'hui.

"Encore heureux que j'ai pas oublié comment on écrit, t'imagines? ... Ha merde, il est déjà parti, j'avais oublié...."

 

            Guizmo fonce à vive allure à travers les rues piétonnes d'Amiens, coupant à travers les parkings payants et les magasins de sport.

18h22. Merde pas de place dans la rue à sens unique où il habite. "Tant pis, pas l'temps, j'me mets en warning devant chez moi. J'bougerais ma caisse à la fin de l'épisode.".

Il bondit hors de son bolide, remonte son pantacourt et file vers son "home-sweet-home" quatre à quatre, écarte le peignoir suspendu qui fait office de porte et se jette sur le pneu de tracteur qui lui sert de canapé. Il attrape la télécommande et allume sa télé. Ouf, juste à temps. Le générique, interprété par Parpaing eux-même, vient juste de débuter. Il fredonne les paroles "Na na na... les baleines des crocodiles dans la forêt.. na na...". Le dernier plan, celui qui représente un chien à trois pattes bavant sur un fusil de chasse, tombe presque en même temps que la dernière note.

L'épisode 8 va enfin pouvoir commencer...

 

 

 

            Encore essoufflée par la peur, Charlotte déboule dans la cuisine dans l’idée d’y trouver un grand jus de chaussette et surtout une oreille confortable pour pouvoir s’épancher un peu. Au lieu de ça le téléphone sonne. Elle hésite puis décroche :

 

- Alloô¼. c’est madame Konovodov¼ Vous avez oublié de m’apporter mes médicaments¼

¼Heu oui, j’arrive tout de suite madame, vous êtes au bâtiment  B, c’est ça ?

- ¼Mais qu’est –ce que tu racontes lolothin, chuis à Nanthin¼

- QUOI OLIVE, heu désolée, faut que j’aille sauver madame Konovodov, j’raccroche.

 

Elle sort en trombes sur le perron et aperçoit un groupe de joggers sexagénaires essayant de courir au ralenti, sur fond du générique d’"Alerte à Malibu" ¼.

Tout en s’interrogeant sur son état mentale (en effet, le coup de fil de la vieille Konovodov n’était peu être pas anodin) elle se dit que son jus de chaussette lui avait certainement fait tourner la tête et s’enferme dans l’abri à bottes.

 

Pendant ce temps, devant la boulange, Philou s’adresse à sa dulcinée de Karine :

 

- Au fait miam’s, ce soir je serai pas là. On m’a appelé pour une urgence, ça fait deux jours mais j’avais complètement oublié de te le dire.

- Ah la la, ça va être dur toute seule avec la Maïnch¼

- T’inquiète, j’ai demandé à Kris de me remplacer, c’est quand même le parrain de Maïna après tout !  

- Mmm, oui ¼ bonne idée ¼

 

L’austral profite du créneau de parole :

 

- Au fait les gars, j’voulais vous dire que j’ai branché la caméra dans la pièce ordi depuis hier soir, c’est pour faire un clip de PARPAING en accéléré!

 

Karine regarde Kris, très inquiète. Lui n’a rien capté, il est juste en train de se dire que tout le monde va voir qu’il est trop nul à Starcraft.

 

 - Oh , reprend Jack, vous affez vu tout ce bassalte !

 

Maïna, qui vient de faire des progrès considérables, lui explique que ça provient du chauffe-eau.

 

- Ach oui, j’affais lu dans mon horoscope du "Monde Diplomatique" qu’il risquait d’y avoir des problèmes de combustion ce mois-ci¼ Bof, ça servira pour la maçonnerie¼

 

Commence alors une longue discussion sur l’ingéniosité de jack, à laquelle viennent se mêler Papou, Clément et Mosca qui ne ratent jamais une occasion de donner leur avis, surtout quand il s’agit de Jack.

Discrètement, Karine essaye d’expliquer à Kris qu’il serait bon de subtiliser la caméra avant que leur petite histoire ne tourne au drame, mais en vain¼ il est trop occupé à chercher les accords de leur nouvelle reprise.

 

 

            L'enfance d'Aurélien ne fut pas une sinécure. Aurélien est fan de cinéma. C'est de sa passion que lui vient son surnom. L'Ostral ou l'Australien, en référence à "Crocodile Dundee 2", son film fétiche. D'ailleurs, son rêve le plus fou serait de réaliser un "Crocodile Dundee Black" avec Eddie Murphy, son acteur favori, dans le rôle principal.

A l'école primaire, il était toujours affublé d'un chapeau de cow-boy, d'un collier de dents de lapin et d'un gros couteau de chasse dont la lame était faite d'un alliage ultra-résistant et dont le fil était d'un tranchant parfait. Lors des récréations, il aimait bien forcer ses petits camarades, aidé de son arme tranchante, à imiter de méchants crocodiles. Il leur sautait ensuite dessus puis les égorgeait ou leur crevait les yeux.

 

            Mais arrivait au collège, fini la belle vie!

Collège privé, uniforme et interdiction du port d'arme. Si jeune et déjà privé de ces simples plaisirs...

Du fait de sa taille ridicule, 1m14 à 12 ans, les rôles s'inversèrent. Il passa de tortionnaire de toute une école à souffre-douleur de tout un collège. Il s'enferma dès lors dans un monde bien à lui: le monde du symbolisme tyrolien. Mais comme c'est un monde bien à lui, nous serions bien incapables de vous l'expliquer. Ca plus sa collection de tickets de bus firent que les autres élèves ne le virent quasiment plus. Il passait tout son temps dans sa chambre, volets clos, éclairé simplement d'une bougie parfumée à l'estragon. Parfois, il rôdait la nuit dans les couloirs du pensionnat. Dans les salles de cours, il s'installait toujours dans le coin opposé aux fenêtres, le plus dans le noir possible, abrité sous la capuche d'un éternel sweat "Power Rangers".

Le temps passa et il acquerra un nouveau surnom: « l’homme de l’ombre ».....

 

 

 

            « Hou, ce flash-back m’a donné la chair de moule », frissonna pour lui-même Guizmo, la bouche pleine de Twix. « Merde, c’est quoi tous ces cons qui klaxonnent dans la rue? Font chier. En plein pendant ma série. ». Mais le bruit de la rue ne l’obnubila pas si longtemps que ça tant il était touché par les révélations qui venaient d’être faites sur son personnage préféré, personnage qu’il idolâtrait au point de s’être rasé le crâne pour lui ressembler.

 

 

 

            « Oui, oui. Non mais mon ptit FuRu, comprenez bien que je vous comprends mais c’est la dure loi des séries. » Mais Benjamin Toussaint - jeune producteur alternatif de 34 ans, Benjamin Toussaint partage sa vie entre Paris pour le travail et La Rochelle, son lieu de villégiature. Il vit à fond ses passions que sont le cinéma, la littérature suisse et le mini-golf. Il aimerait enfin se faire un nom dans le milieu grâce à cette série - se rend bien compte qu’il est face à un grave problème. L’homme qui se trouve en face de lui a le visage blafard, les cheveux en pétard et une haleine de phoque qui vendrait du poisson. FuRu, qui est toujours tiré à quatre épingles, s’est présenté ce matin à son bureau sans rendez-vous, vêtu d’un jean troué et sale et d’un t-shirt « Lofofora » troué et sale lui aussi. Ca y été; le succès arrivant, les premiers ennuis aussi. Et un acteur qui n’est pas satisfait de son rôle! Un!

« Non mais vous comprenez pas! Et puis arrêtez de m’appeler FuRu comme tous ces gens dans la rue! Mon nom c’est Désiré Maroilles! Je ne suis pas que ce type taré et pleurnichard de la série, je suis un vrai acteur et.... » et il fondit en larmes.

 

 

 

            La conque retentit. « A table », hurle Seb. Toute la troupe monte le grand escalier qui mène à la cuisine.

Groné arrive par derrière comme à son habitude et ouvre la porte de l’abri à bottes¼ par intuition.

 

- Qu’est-ce que tu fous là lolotte? C’est pas un endroit pour faire la sieste!

- Mais tu vois pas que je suis en train de ranger!

- Tu devineras jamais ce que j’ai vu, dit-il à voix basse

- Madame Konovodov ?

- Qui c’est celle-là ? Non, c’est une vidéo où on voit Kris jouer à pacman sur Karine¼

- Les autres sont au courant ?

- Bah je l’ai dit à Marie¼

- Ha mais ça va tout faire foirer¼

- Oui, je sais que nous risquons gros sur cette affaire, mais le jeu en vaut la chandelle, non ?

 

Groné avait le regard tellement noir que Charlotte en inonda l’abri à bottes.

 

-  Arrête, tu me fais peur ! On dirait Bouguédi !

- Bon, trêve de plaisanterie, il est temps d’y aller. Tu me rejoints  sur le toit de la grange avec Tu-Sais-Qui, moi je file chercher une pince¼

Et ils partent en courant.

 

 

 

 

            C’était, d’après son carnet, la treizième fois en deux mois qu’il regardait le premier épisode de « Frayss Pix ». Son médecin lui avait conseillé de regarder une série télé pour faire travailler sa mémoire. Michel Gapennes avait donc acheté le « Tome 1 » de « Frayss Pix » en DVD mais les résultats se faisaient attendre. Certes, les visages des personnages lui disaient vaguement quelque chose mais l’histoire ne faisait pas tilt dans ses souvenirs. « Treize fois, c’est dingue... », se dit-il. Pourtant, malgré la fatigue, il était captivé par le début de l’histoire. Ca parlait de jeunes gens vivant en communauté dans un village perdu en haut d’une colline. Enfin ça, c’était la pochette du coffret qui l’annonçait car pour l’instant il n’avait vu que des plans d’un triste village en pierres tombant en ruines. Et la pluie qui tombait drue. Mais la scène qui se déroulait sous ses yeux allumée une lueur à l’intérieur d’eux. Deux personnes de sexe opposé se trouvaient à l’intérieur d’une soucoupe volante et écrivaient chacune dans leur coin en buvant du thé. Ils ont commencé à discuter mais Michel ne comprend pas grand chose à ce qu’ils racontent. « Peut-être viennent-ils d’une autre planète? Ou alors ça se passe dans le futur? » En tous cas, ça avait l’air bien, il s’était bien mis dedans. Ca lui faisait oublier ses mésaventures. Je crois qu’il avait pas besoin de ça pour oublier mais sait-on jamais. Sur le chemin entre la station et son appart, des cabotins s’étaient amusés à lui jouer un sale tour.  Alors qu’il pensait rentrer bien peinard en suivant le fil à pêche tendu entre son lieu de travail et son chez-lui, afin qu’il ne se perde pas, des galopins s’étaient amusés à faire faire des détours à son astuce de petit poucet. Il avait ainsi traversé une boucherie, deux salons de coiffure, une animalerie pour nains, un club de boxe, quatre sandwicheries, une école maternelle en flammes, une boulangerie, une poissonnerie végane, trois pizzerias, dix-sept banques, la mairie d’Amiens, une voiture de police, un kiosque à musique et trois boutiques franchisées de pompes funèbres. Mais non, il avait déjà oublié tout ça, ainsi que la question qui le taraudait alors: « Comment est-ce possible que le fil soit aussi long? ». Non, tout allait bien, il était dans son fauteuil préféré, ses gros pieds posés sur la table basse; toujours dans sa tenue de travail: pantalon pattes d’éph’ et chemise disco. Pourquoi aimait-il le disco? Encore une question à laquelle il ne pourrait plus répondre...

 

 

 

            Désiré Maroilles, alias FuRu dans la série, tentait vainement depuis une heure de convaincre le producteur, Benjamin Toussaint, pour qu’il force les scénaristes à donner une orientation toute différente aux prochains épisodes et surtout à son personnage.

 

- Nan mais regardez ce qu’il y a d’écrit dans « Le Figaro ». Ils ont publié le rapport du Docteur Yves Remord. Vous avez vu les chiffres?

- Oui, oui. D’ailleurs je m’en réjouis. Parpaing est en tête des écoutes sur Dogmazic.net, ils vont même passer à « Radiobrique », et on voit des t-shirts « Ya quinquin » à tous les coins de rues.

- Quoi?! Mais vous rigolez?! 77% des Français déclarent regarder "Frayss Pix"!!

- Oui, oui. Ne vous inquiétez pas, vous toucherez un pourcentage sur les ventes de produits dérivés.

- Mais il est pas là le problème!! C'est la suite! 97% disent qu'ils n'y comprennent rien et les autres ont Alzheimer! Vous vous prenez pour David Lynch ou quoi? Même les acteurs sont perdus et vous avez coupé un bras au Polonais qui joue le rôle de Clément!

- Oui, oui. Mais c'est ce que le public veut. Du mystère et du sang. Et puis dans les contrats, vous acceptez les sévices corporels.

- Rien à foutre des contrats! J'vous parle de moi, de ma vie! Regardez. Pour 69% des Français, je suis le personnage auquel ils aimeraient le moins ressembler, loin devant Neurones. Et puis tous ces nouveaux personnages qui déboulent sans cesse, ils vont me piquer la vedette! Je vous emmerde, je quitte la série! Allez vous faire foutre!!!

 

FuRu claque la porte du bureau et disparaît.

 

 

 

            * La serre!! La 205 se trouvait au milieu de la serre! La serre: déchirée, arrachée; tous les plants et les semis bousillés. "Merde, c'est quoi ce délire?!", s'exclame FuRu en s'approchant. "Mais c'est ouf! Mais c'est ouf. Mais c'est ouf....", panique Marie. La voiture explose. FuRu crie. Marie pleure.*

 

-Ooooooh! Le truc de diiiiiiingue! La 205 qui explose! J'en reviens pas!

 

Michel Gapennes hallucine sur cette scène. C'est la treizième fois qu'il hallucine sur cette scène...

 

 

            C'est la fin de l'épisode, allait-on enfin savoir quel était donc ce plan machiavélique que complotaient Lolotte et Groné et pourquoi Filou les avait-il abandonnés? De biens belles questions auxquelles Guizmo aurait aimé prendre le temps de réfléchir mais il lui fallait avant toute chose allait déplacer sa voiture qui bloquait la rue....

 

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