Frayss Pix - Episode Septième

Publié le par Johnboy FuRu

    Charlotte trébuche en arrivant devant Loïc, les yeux et le pantalon tous deux trempés. Loïc, surpris, se mouche.

Charlotte se relève, attrape par la manche l'être qu'elle a aperçu en s'écroulant et l'entraîne dans le brouillard par le sentier d'où elle arrivait.

Prise par la panique, la chute et le besoin d'aide, Charlotte a agrippé Loïc sans vraiment savoir qui il était. Ce dernier, le visage masqué par son mouchoir et ne sachant réagir face à la soudaineté des événements, se laisse traîner vers un horizon brumeux.

 

 

 

    Dring dring!!


- Ah, téléhone!, Clément, tu vas répondre (rires)

- Ahah superdrôle Mosca, tu me la refais?

- Ah téléphone!, Clément tu vas répondre (re-rires)

- Ahahahah vraiment pas mal Mosca, là ça c'est vraiment génial, c'est

marrant, ça m'inspire pas mal d'insultes et de noms d'oiseaux genre une buse.


Pendant ce temps, Papou s'est levé devant le spectacle navrant offert par

Mosca et Clément dans la cuisine, déterminé à empêcher le téléphone de sonner plus longtemps.


- Allô, salut c'est olivhin, c'est qui là?

- Salut, moi c'est Papou.

- Salut Papou, moi c'est olivhin; bon en faithin, je devais arriver hierhin

mais je suis encore à Nantehin et j'arrive que vendredi, ça vous dérange

pas?

- Ah ouais t'es de Nanthin, tu connais qui a nanthin? pasque moi figure toi

que je suis de nanthin.

- C'est pas vrè, de nanthin?

- Ouais, de nanthin.

- C'est bizarre, je trouve que t'as un drôle d'accent.

- Ouais bizarhin.

- Ouais, bizarhin, est-ce que tu veux que je te passe quelqu'un qui est

plus au courant que moi?

- Ouais, passe moi lolotthin

- Elle est pas là, je l'ai pas encore vu.

- Ah merdhin! bah je rappelrai plus tardhin.

- Ouais, rappelles plus tardhin.

- Et sinon, le bras de Clément, ça va mieux?

- Mais comment tu sais pour...


Trop tard, Olivier avait déjà raccrocher, le LA intermittent lui résonnait

dans la tête au rythme de son coeur accéléré par la dernière phrase d'Olivier."Merde, il arrive quand déjà..."



    Le brouillard ; Loïc Beckett a toujours aimé le brouillard. Du plus loin qu'il s'en souvienne, le brouillard l'a toujours mis dans un état d'euphorie certain. Il jubile et se laisse entraîner par son étrange locomotive à travers le flou qu'il apprécie tant.

 

 

    Très pressés de concrétiser leurs envies musicales, Kris et Guigui descendent presque en courant trébuchant sur Maïna. Arrivée devant la boulange, elle continue d'hurler : « DAFOUI !! » L'euphorie laisse place à l'abassourdissement et ils s'arrêtent devant la petite.

 

  • De quoi veux-tu dire ? demande Guigui

  • DAPHOUI !!

     

Voyant son cri alarmé, tout de suite, François Feldman revient à l'esprit de Guigui, il se met à chanter :

 

  • « Faut pas pleurer , petit frank .. »

 

Karine a entendu les cris de MaÏna, elle ouvre les yeux

 

  • OUH putain !

     

    Elle dégringole de la mezzanine et tombe sur Jack qui pivotait sur lui-même pour trouver d'autres choses à stocker sur une étagère.

 

  • Peut être tu as besoin d'une étagère ? s'inquiétes Jack de voir Karine par terre.

 

Karine ne répond pas elle descend vers les cris. Maïna reprend : «  DAFOUI »

 

  • Quoi ? Des crottes de basaltes comme des moulettes de bouton ? comprend Karine.

     

    Elle lève la tête et voit d'abord que Filou, Emy et l'Austral sont aussi là. Emy en guise de bonjour précise qu'elle n'aime pas le vin blanc.

Mais tout comme la logan hante Christian, ou comme le sucre fait partie ingérente de Neurone en ce moment, Karine est restée sur les préoccupations de son enfant. Et en un quart de seconde elle confirme la découverte de Maïna et calcule qu'avec une douche par semaine en un an on arriverait vite, vu la taille des moulettes, à construire un grand théâtre souterrain, 500 places assises.

 

Alors que l'Austral et Filou suivent le regard de Karine, Filou lui repense au coït explosif de la nuit dernière. Il ne pouvait s'empêcher de croire que Groné et Lolotte y étaient pour quelque chose. Il se sentait seul contre eux.

Sur ces entre-pensées, Neurone, Groné et Marie arrivent :

 

  • Vous savez de quoi parle Seb quand il dit qu'on va manger du cheval ? enchaîne Groné.

  • Oui, répond l'Austral, je ne vous ai pas dit! Seb et Clément ont vu un cheval s'exploser contre un arbre cette nuit! Seb a perdu ses dents et Clément son bras gauche.

 

Neurone n'écoutes pas vraiment ce récit noctambule, il lance :

 

  • Bon, désolé mais je dois aller chercher Aurélien et Alex, ils reviennent de la ville avec deux sacs de 25 kg de sucre. A tout l'heure.

 

 

 

 

    Charlotte transporte Loïc jusqu'à la yourte de Karine et Filou.

« Fallait qu'euj mont' ça à quelqu'un ! » expulse-t'elle après avoir pénétré à l'intérieur d'un pas fébrile. Elle le traîne jusqu'à la soute à fromages de Karine et lui désigne le côté contre lequel est encastrée la tête de Zeb.

« R'gardes! R'gardes! » transpire Charlotte.

Elle se tourne alors vers son compagnon qui, depuis, avait rengainé son mouchoir dans sa manche et, abasourdie, tombe inanimée en découvrant le visage en forme de pâté de ce dernier.

 

Loïc sourit. D'où vient cette tête ? Il propose à son corps d'effectuer un 360 °, son corps accepte. Ses yeux enregistrent. Les tâches de sang, les morceaux de chair un peu partout, un bras rouge culotte pendant au dessus d'un lit d'enfant. Son cerveau reçoit. Son corps frémit.

Soudain il se jette sur la tête et croque. Il devient comme fou furieux. Et il recroque jusque... rien, il ne reste plus rien. Quelques instants ont suffit pour qu'il avale tout, crâne y compris. Ne se laissant aucun répit, il ingurgite une rotule, lèche le sang, sirote un foie, se prépare un oeil mayonnaise. Il scintille de joie.

 

Lorsque moins d'un quart d'heure plus tard, Charlotte reprend connaissance, le sinistre spectacle qui l'avait effrayée n'existe plus. A la place, elle voit une yourte bien rangée, le sol luisant ; pas de sang, pas de morceaux de corps. Et ce type qui lui sourit au milieu.

 

« Ca va ? Tu as fait un malaise, je crois. » lui dit-il, souriant toujours bêtement.

 

Charlotte hallucine grave, les mots restent coincés dans son gosier serré. Elle l'entend lui dire :

 

« Tu m'as fait peur. Tu m'as traîné jusqu'ici et à peine rentrée, tu t'es évanouie. T'étais comme en transe. »

 

Charlotte semble reprendre ses esprits.

 

-  Mais .. Mais .. t'es le type.. celui qu'j'ai vu à la yourte..Si ! T'étais là après l'éclair ! Tu m'a fait un signe.. Putain, t'es qui ??!!! 

  • Euh.. en fait, moi aussi j'ai fait un rêve. Des rêves même, ça disait «  Va chercher le bonheur à Frayssinous ». Mais je suis perdu depuis hier soir et on m'a piqué ma voiture.... C'est génial cette brume j'adore.

     

Silence pesant.

 

  • Heu.. sinon moi c'est Loïc. J'ai un chien qui s'appelle Maurice. Ma mère couche avec. Dois-je le considérer comme mon beau-père? J'ai aussi une collection de pouces. Et toi? C'est comment ton nom?

     

Charlotte ne fait pas sa fière à bras et déguerpie aussi vite que lui permettent ses membres atrophiés par la tétanie.

 

 

 

 

    13h, soleil de plomb. Le nez collé, la gorge aride, le jeune Furu s'éveille au beau milieu de sa yourte, encore fumante de l'innondation de la veille, prenant enfin un respiration plus que nécessaire; c'était seulement la troisième depuis qu'il s'était endormi.

En effet, plongé dans son rêve préferé, celui où il s'endort aux côtés de Véronique Sanson et qu'elle le réveille en reprenant « puisque tu pars » à l'accordéon, il n'avait respiré que deux fois. Et là, comme à chaque fois quand il se réveille il s'interroge sur sa vraie couleur de cheveux, ça ripe dans tous les coins de sa tête et sa réflexion finit immanquablement par se porter sur le sens de sa vie ici à Frayssinous.

 

    Fraîchement dîplomé de l'Ecole des finances, Furu s'est installé sur ce lieu avec la ferme intention d'y développer une entreprise genre s.a.r.l. à gros budget. Il a d'abord pensé à une fabrique de bière de cynorrodhons parce qu'il trouvait que son côté pulpeux était un atout commercial, puis à une entreprise de « cabanes pas terminées » dont les habitants de Frayss se sont fait une spécialité.

Mais depuis quelques semaines c'est d'une casse qu'il rêve pour l'avenir économique de Frayssinous. Le stock est déjà bien commencé avec une petite trentraine d'épaves disséminées sur le lieu mais surtout il a compté que sur les deux derniers mois étaient passés 3 Range Rover, 2 Lada, 8 Skoda et 10 twingo... Elles avaient toutes eu au moins un couac sur cette longue et rude piste qui mène au hameau.

«  En rehaussant quelque pierres bien placées et en bouchant les rigoles y'a surement moyen qu'aucune bagnole n'arrive ici en état de marche... » se dit-il en nageant dans l'épaisse vapeur d'eau pour atteindre la porte.  « c'est aujourd' hui ou jamais! »

Le ventre vide, il descend à la plateforme mécanique. Le voici maintenant assis au volant du célèbre 913, un poids lourd plateau d'occasion, arborant une superbe grue jaune de 5 mètres que le collectif frayssieur avait acheté pour construire une piscine à balles, mais l'idée était tombée à l'eau.

« Cette piste va devenir un vrai chemin de croix pour les voitures, un stairway to even bien réel!... » hurle-t-il en exagérant ses sourcils sataniques.

Pa pa papapa papapa pffffffffquit....

« Tu vas démarrer oui! Allez, allez... »

Mais soudain:

 

  • Bouh! Furu, qu'est-ce tu fous dans c'camtard, s'esclaffe Lolo en collant sa tête au pare brise pour lui faire peur.

  • Abruti, j'étais sur le point de démarrer. Bah, et toi qu'est ce que tu fous là?

  • J'suis venu dormir en dessous du camion, y'avait moins de fuites que dans ma yourte!

  • T'as pas un truc pour démarrer cette merde?

  • Si, tu mets la 3è et t'allume la radio. J'te jure, ça a marché une fois. Mais tu pars faire quoi, une fois?

  • T'occupe!!

 

Sur ces brèves paroles le camion démarre enfin et s'élance dans les méandres caillouteux de la piste.

 


   Michel Gapennes compte pour la quatrième fois consecutive le nombre de paquets de pepito posés sur le rayon biscuits de la station service où il travaille

depuis 13 heures, et depuis 14 ans songe-t-il. Il n'a pas vendu un seul

paquet depuis 3 mois, il songe qu'il devrait arrêter ce métier; qu'il

devrait revendre cette station qui ne lui rapporte rien depuis qu'il vend

des pepitos ou plutôt depuis qu'il n'en vend plus. En effet le cour du

pepito s'est effondré, et la recette a changé, les gens n'en veulent

plus...

Un homme entre dans la station, il vient de faire le plein de gasoil.

 

- Salut Gapy!


Michel a du mal a reconnaitre cette personne qui n'a presque aucun poil

sur le caillou.


- Bonjour monsieur...

- Bah eh! C'est guizmo!!

- Naaaaannnnn!! Guizmo!! Déliiiiire, ça fait combien de temps??

- Bah 3 semaines....


Malheureusement Michel, à trente ans, est déjà atteint de la maladie

d'alhzeimer, il a du mal à se rappeller de plein de choses, mais c'est normal,

c'est alhzeimer...

 

    Mais retournons plutôt à frayssinous où l'ambiance, depuis quelque temps,

est plus que paranormal, c'est en tous cas, l'avis du docteur Remord Yves,

psychiatre et expert en sciences occultes, spécialiste de la psychologie

collective, à qui nous avons demandé une analyse complète et précise des

événements relatés dans les précédents épisodes.

Notre équipe de rédacteurs est en ce moment même en train de retranscrire

l'enregistrement de l'interview du docteur Remord; nous essaierons de vous

faire part des propos du docteur dès que possible. Bonsoir.

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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