Frayss Pix - Episode Sixième

Publié le par Johnboy FuRu

 

    Debout devant la fenêtre qui donne sur le jardin du figuier, Christian contemple l’épaisse brume qui recouvre lourdement Frayssinous.

Le balai à la main, prêt a travailler, il est de mauvaise humeur, la journée d’hier lui a fait passer une nuit très agitée, il parle à mi-voix, seul :

« Putain de bagnole, pfff…, une 205, bordel, une putain de 205… »

Le balai commence doucement à remuer…

« C’est pas possible, non mais c’est pas possible, c’était pourtant pas compliqué bordel, pfff…, une 205… »

Le mouvement du balai s’intensifie progressivement et bientôt, Christian parle à voix haute :

" Faut quand même être…, vraiment…, putain, mais putain de 205, fucking two hundred and five", lance-t-il avec son accent irlandais qui lui valu autrefois moults compliments.

Un épais nuage de poussière, dense comme la brume au même moment, envahi presque totalement la cuisine. Christian, toujours seul, parle de plus en plus fort, le balai incontrôlable.

« Je l’avais bien dis !,une 205? Jamais! Pas une 205, mais non évidemment, ah les anciens hein, jamais on ne les écoute bordel de merde !! »

 

    Mosca arrive au bas de l’escalier qui mène a la cuisine, Papou, qui la veille n’avait pas eu le courage d’aller jusqu'à la maison d’Irène, s’était endormi accroupi sur la troisième marche. Mosca le réveille doucement, c’est l’heure de boire un café bien mériter.

 

    Christian hurle maintenant, il balait violemment les étagères pleines de vaisselle faisant valser celle-ci partout dans la pièce, heureusement la vaisselle de frayss est entièrement en bois, il n’y a donc aucun débris.

« 205 de merde, 205 de merde, 205 de merde s’exclame-t-il fortement, ta grand-mère la 2.5 de merde, je leur avait dit d’acheter … »

A ce moment, Mosca ouvre la porte

« UNE LOGAN !!!!! »

La tête du balai se décroche du manche et file droit vers le visage de Mosca qui a le réflexe de se baisser pour éviter le projectile, mais Papou, qui se trouve juste derrière elle est en train de bailler, ses yeux sont clos, il ne voit pas arriver le balai qui s’enfile au tiers dans sa gorge. Papou tombe à genou, suffocant, Mosca se place derrière lui et lui comprime le thorax, Papou expulse aussitôt l’objet de son gosier, tout va bien.

Mais Christian est trop déchaîné pour avoir vu la scène, il danse debout sur la gazinière, hurlant sur l’air de La Java Bleu : « putain d’205, cette bagnoleu de meeerdeuuux, qui nous crameu la seeerreu, alors qu’uneu Logan c’est beaucoup mieux ! »

Il prend ce qu’il lui reste du balai comme une batte de base-ball, il envoie de grand coups dans le vide, Papou, encore sonné, s’approche de la gazinière pour mettre l’eau à chauffer, il reçoit un coup de manche fulgurant en plein nez, l’envoyant latéralement au carrelage.

Christian pleure : « une Logan… »

 

 

 

    Loïc Beckett a froid. Mais ce n'est pas pour ça qu'il chouine. Il s'aperçoit qu'il est contrarié car il ne s'est pas réveillé dans un lit ni n'a bu de café pour son petit-déjeuner. Il se sent con et essaye de trouver une chanson adéquate. « Une armoire à cuillères, un évier enfer et un poêle à mazout ». Il essaie de chantonner mais non, ce n'est pas l'ambiance. Il fait à nouveau quelques pas . « Qu'est-ce qu'il ya comme RONCES ICI!! », se surprend-il à hurler la fin de sa phrase. « Ooh vite une chanson!, soupire-t-il, Mais bordel... Où c'est qu'j'ai mis mon flingue!! Non, déplorables les références. »

 

 

     Marie essaie de réveiller Groné car trop de questions l'inquiètent, mis à part ses gants. Dès qu'il ouvre les yeux elle commence:

 

  • La météorite s'est toujours pas écrasée?!

 

Gronè avait déjà oublié cette condamnation.

 

  • Houlà!.... Ben oui.

  • Non, mais, parce que, tu vois, du coup il nous reste du temps pour savoir ce qui s'est passé avec la 205.

 

Ils sortent de la yourte, en direction de la maison, pour en discuter.

Passant derrière l'écurie, Marie entend quelqu'un chanter « Où c'est qu'j'ai mis mon flingue? ». Elle demande « Tu crois que c'est Neurones qui chante? ». Après ce dernier mot, au croisement du chemin, Loïc Beckett apparaît.

Ils sont tous deux surpris de croiser quelqu'un de bon matin.

« Bonjour! », lance-t-elle. Elle ne voit pas bien les yeux rougis du promeneur, ni même Gronez pâlir derrière elle. En effet, à la vue de cet homme, Groné ressent une étrange impression de déjà vu. Puis il lui semble vraiment le connaître et cette sensation est directement désagréable; pourtant attiré il dit bonjour lui aussi. Loïc répond entre deux reniflements: « Bonjour, euh, on est où? ». Le son de sa voix fait transpirer Groné qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Marie répond, intriguée: « Pourquoi? Tu es perdu? ». Loïc craque, il pleure à chaudes larmes, Groné s'approche et essaie de le consoler; Marie reste les bras ballants: encore une question de plus!

 

 

 

    Emy, après avoir contemplé le lever de brume en robe de chambre depuis la fenêtre de la salle de répèt', se décide enfin à aller allumer une douche pour faire plaisir à tout le monde.

Il faut dire qu'elle vient d'apercevoir Nico traversant à toute allure la pâture à bord de sa nouvelle voiture, hurlant : " j'me casse à Namur! "

La Punto ronronne à l'entrée du hameau. Emy s'avance vers la voiture, les bras chargés de planches de palette:


- C'est quoi ton trip Nico, pourquoi tu veux partir?

- Je sais pas si t'es au courant mais Fifille a explosé hier et j'voudrais pas qu'il arrive la même chose à Memère.

 

Il sort de la voiture, saisit sa belle jument Franc-comptoise par les sabots et lache à Emy sur un ton désinvolte: " Tu sais comment on met un cheval dans une voiture en trois temps? ". Et sans lui laisser de répit il ouvre la portière, fourre la jument sur la plage arrière et referme la portière.

- Classique!, s'esclaffe Emy émue, et moi?

Mais Nico ne réagit pas car il est déjà en train de dévaler la pente dans son bolide bleu.

Emy repart à son ouvrage sans avoir remarqué que la voiture a semé derrière elle des petites boulettes de basalte, comme des crottes de mouton...





    Guigui est dans l'atelier. Il range leur attirail à explosifs dans la planque prévue à cet effet, derrière les bidons d'essence.Les écouteurs sur les oreilles, il fredonne « Que deviennent, que deviennent les valses de Vienne.... ». Une main se pose sur son épaule; il sursaute:


  • Merde Jack, j't'avais pas entendu arriver, j'étais à fond dans la zik.

  • T'es occoupé? Parce que si tu savais m'aider à porter une planche à la boulange.



    Kris ouvre les yeux. « Tiens, j'suis pas remonté à la yourte? J'ai du bloquer Pacman pendant.... » Il tourne la tête, voit une chevelure dépassée d'un duvet et tout lui revient: elle, le sexe, le réseau, le coup de la cale. Oups, Karine est toujours sur la mezzanine, assoupie à ses côtés. « Merde, merde, et si quelqu'un nous voit, je suis mort. Et si c'était Philou? Oh la merde, le merde, la merde. »



    « J'ai pensé faire une étagère à la boulange, au-dessus la mezzanine pour posser les roues de vélo ». Guigui acquiesce mais songe toujours langoureusement à François Feldman. « Celle-là, elle doit être la bonne taille. » Jack mesure. « Ah oui! 72, premier coup tu vois! ». Guigui soulève la planche et pense « 72? C'est pas l'année où F.Feldman a créé Greenpeace? »



    Kris finit de se rhabiller. Il enfile son tee-shirt « le Népal ça vous gagne » lorsqu'il entend la porte du bas s'ouvrir. « Oh la merde, je vais me faire griller. »


« Vas-y passes en premier, tu pivotes et moi je pousse. »


« Merde, c'est Jack. Tant pis, je tente le tout pour le tout, ça va le faire.. » et Kris ouvre la porte horizontale menant aux adversaires de son secret.


  • Yo les gars! Qu'est-ce que vous faites?

  • C'est pour mettre une étagère et ya les roues de vélos qui traînent partout.

  • Une étagère? Là haut? Mais où?

  • Bah au-dessus de la mezzanine paraît que ya de la place et c'est relou, elles sont posées là, n'importe où, explique Guigui

  • Ah mais non, non, c'est bon, les roues, euh j'm'en occupe des roues; j'voulais m'en servir pour un truc. Euh pour faire des étagères. Non, j'voulais m'en servir à la yourte pour faire un grille-pain à éolienne pour mettre au-dessus de ma baignoire!


Kris vient de sauver sa peau et en plus il vient d'avoir et une idée de génie, et le matériel qui va avec. Avec une bonne planche de 72 pour caler tout ça.


  • Et sinon Kris, vu que t'es debout, ça te branche pas une répèt? Ya un truc que j'aimerais bien reprendre. Tu connais les "Valses de Vienne"?

  • Qui fume? les interpelle Jack au moment où Kris emboite le pas à Guigui en direction de la salle de répètes.




    Le calme est revenu dans la cuisine, Christian, Mosca et Papou sont assis autour d’un café, ils se remettent doucement de leurs émotions. Le silence parfait est brisé par l’entrée de Clément dans la pièce:


- Salut!

- Salut, répondent faiblement les autres.

- Bah?! T’es pas censé être dans ton trou? Et où il est ton bras? demande Mosca.

- Ca doit être un coup de Christian, lance ironiquement Papou qui saigne du nez comme vessie percée.


Clément raconte alors l’histoire du cheval explosé; les autres sont abasourdis; Christian lui raconte l’histoire de la 205 sur un ton d’amertume et de regrets, Clément semble effrayé, Papou raconte sa soirée a l’hôpital, Christian a envie de chanter "Prendre Un Enfant Par La Main", la version live de 86 interprété par Frank Sinatra au Stade de Wembley (England, 70 000 places), Mosca quant à elle raconte une anecdote faramineuse où il est question de nacelle en panne, de maquillage de pute, de chaussure trop petite, et de psychologie intra-utérine.

Ca fait beaucoup en une journée songe Clément.

" Et c’est quoi ce bordel dans la cuisine?" dit-il.

Christian sanglote à nouveau.




     Et de la brume, sortit Neurone. Il avait décidé de ne manger que du sucre pendant un mois, il suivait scrupuleusement ce choix et était devenu beaucoup plus gros assez rapidement, de sorte qu'il ne fermait plus sa conbinaison de travail, et que l'on oubliait son embonpoint. Son arrivée surpris encore Marie.


  • Ah Neurone! Ca roule?

  • Oui, je vais en ville tout à l'heure...


Il s'arrête ne reconnaissant point l'être que console Gronet. C'est alors que Séb sort lui aussi de la brume avec une brouette pleine de broches:


  • C'est moi qui régale ce midi!

  • Ah bon? Et tu vas embrocher quoi?

  • Du CHEVAL!!


Dans un élan d'incompréhension hallucinatoire, tout le monde rigole, sauf Loïc Beckett qui s'est arrété de pleurer et se pince frénétiquement, croyant rêver.

Il voit partir l'équipe vers le bâtiment en contre-bas, se décide à les suivre, de loin. Une silhouette se dessine alors à sa droite. Il a tellement peur de tomber sur quelque fantamatophobique personnage qu'il se sent presque sourire en voyant Lolotte qui ne marche pas très franchement dans ce nuage.



 

    Devant la salle de bain c'est une véritable réunion! Filou et l'Austral ont effectivement eu la même idée qu'Emy pour remonter le moral des troupes. Tous trois empressés, ils entrent en collision se laissant tomber sur les pieds chacun les bouts de bois de l'autre.

« Mais qu'est-ce que c'est que cette beuh de cathares? s'écrit l'Austral en ramassant le poteau télephonique qui vient de lui applatir sa chaussure, Heu, j'voulais dire c'est quoi cette queue de batards à la salle de bains? »

Filou le premier démarre un grand feu dans la chauffe-eau. Chacun à la queue leu leu alterne consciencieusement son essence de bois préferée, robinier, catalpa, tantôt frataigner.

Pendant que Maïna bave sur le front de Filou et que l'Austral fredonne une énième fois les dialogues de la Cité de la Peur , le tuyau de poèle se met lui aussi à cracher des crottes de basaltes comme des boulettes de mouton. Seule Maïna, haut perchée sur les épaules de son papa s'aperçoit du spectacle et essaye tant bien que mal d'avertir les autres avec des "dafoui" incompréhensibles. N'écoutant que son courage, elle bondit au sol et s'élance à perdre haleine vers la fameuse Boulange, sous les yeux ébahis de ses trois ainés.















 

 

 

 

 

 

 

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